Ils voyageaient la France… le titre de Pierre Barret, paru chez Hachette en 1980, racontait les périples des compagnons du Tour de France de l’époque.
Le compagnonnage a marqué mon enfance et mon adolescence de bien des manières. Pas seulement parce que mon père est compagnon lui-même, et que j’ai baigné dans cet univers bien particulier d’excellence ouvrière, de mélange des régions et des accents. Mais aussi parce que c’est un univers où le voyage fait partie de la culture.
C’est en hommage aux voyages que j’ai fait enfant puis adolescente avec ma famille, moi qui ai eu la chance de partir en vacances pendant des années, que je construis cette page… une sorte d’album souvenir pour remercier mes parents de m’avoir fait découvrir les beautés de mon pays.
Des souvenirs flous de Carcassonne, dont je me souviens que les murailles étaient plus hautes que moi et qu’ils faisaient un bonbon nommé brique qui était très bon… j’avais 7 ou 8 ans je crois.
La cathédrale Sainte-Cécile d’Albi est pour moi l’une des plus belles de France avec celle de Brou, à Bourg en Bresse.
Il y a eu le premier séjour au Pays Basque, à Itxassou, haut lieu de la cerise noire. Une maison à la campagne, de la verdure partout, un bois magnifique, des maisons étonnantes blanchies à la chaux et ornées de colombages peints en vert ou rouge, les couleurs du drapeau Basque. Le boudin pimenté, les galettes basques (vraies avec la cerise locale ou fausses à la crème anglaise), les rencontres avec les compagnons du coin, une tablée mythique de 20 personnes autour d’un chaudron d’escargots à la sauce charentaise (tomates oignons, jambon). Et la beauté de la nature et de l’architecture, toujours présentes. La joie d’avoir un jardin alors que nous habitions en appartement. La maison semi enterrée où je voulais bien être jetée par la fenêtre si je n’avais pas été sage, vu qu’il fallait monter sur une chaise pour se trouver dehors !
Des chevaux dans le pré, que je dessinais tant bien que mal, et ceux qui passaient sur le chemin de randonnée. Les visites aux environs : Espelette, Ciboure - où je garde le souvenir d’un jardin exotique extraordinaire, tenu par la cousine Marie, du côté de ma grand mère maternelle - Ascain, Guétary, Aïnhoa… et d’autres sûrement ! Les ballades en forêt, la pierre au noyau de pyrite que j’avais ramassée, lourde et dense, un caillou au coeur de fer, dans la forêt d’Iraty. Le pas de Roland et ces routes des Pyrénées où il faut s’arrêter dans un recoin pour laisser passer la voiture montante car il n’y a qu’une voie !
Beaucoup de monuments dans ces voyages. Le séjour était souvent culturel et gastronomique, au grand dam de mon frère qui, passé un certain âge, en a eu marre de bouger pour aller voir “encore un autre tas de cailloux”
J’adorais ça. Voir les architectures, le travail de la pierre et du bois… de la beauté mise au service de la foi, et quelques gargouilles parfois irrévérencieuses. Mon père me montrait souvent les chaires à prêcher, monuments de sculpture ou parfois plus simples, dont la complexité se cachait davantage dans la structure, les assemblages en trait de Jupiter. Nous cherchions les marques de tâcherons, ces symboles gravés par les ouvriers tailleurs de pierre pour que le maître d’oeuvre sache qui avait fourni ce travail là et les payer en conséquence.
Je me souviens du Pont du Gard, cet aqueduc romain, sur lequel je suis montée, ouf, vertige, vent fort et sensations diverses. C’était grisant ! Et déjà de ces marques sur la pierre, à l’époque romaine.
Dans le même secteur, Avignon est une ville où je me suis beaucoup promenée. J’aime son architecture, les rues pavées, les amis qui s’y trouvent aussi, le festival de théâtre, je ne l’ai pas vu !
Après le Pays Basque, nous sommes allés à Argelès-Gazost. Toujours les Pyrénées, mais à l’est, ce qui change les choses. Les gens sont différents, mais la végétation est aussi verte et magnifique. Nous logions chez l’habitant, à l’étage de leur maison. Un excellent séjour !
En 1984, nous avons visité Lascaux II. J’étais passionnée de préhistoire et d’archéologie à l’époque, et même si je suis cela de beaucoup plus loin aujourd’hui, c’est toujours un de mes centres d’intérêt. Lascaux est une grotte mythique, découverte par trois jeunes gars du coin par hasard. Ils voulaient explorer un trou et tombent sur une des plus belles grottes paléolithiques au monde.
Pour replacer les choses, les grottes Chauvet de Vallon Pont d’Arc et celle de Cosquer n’avaient pas été découvertes. La seule référence était Altamira, en Espagne. Une chronologie se trouve ici.
L’originale étant fermée au public, visiter la copie de Lascaux (qui n’a pas ce dépôt de calcite laissé par les millénaires sur les peintures), c’était un rêve qui se réalisait. Nous avions logé tout près, dans un hôtel qui se trouvait dans la forêt, et avons fait la queue le matin pour retirer les billets. Le nombre de visiteurs est limité chaque jour, car la reproduction est tellement parfaite, qu’elle a les mêmes problèmes que l’originale : le gaz carbonique émis par les touristes provoque un dépôt d’algues vertes sur les fresques. J’avais fait un exposé en classe, et cette grotte a toujours été marquante pour moi. Je la connaissais sur le bout des doigts, au point que la visite m’a fait bizarre, j’avais l’impression d’entrer dans un livre, d’être là et pas là en même temps… je n’y croyais pas ! Cela gardait l’immatérialité du rêve. Je pensais à ces ancêtres lointains qui avaient peint, gravé, pour des raisons qui nous sont encore largement obscures… et tant mieux, cela laisse l’imagination remplir les blancs, et me rapproche d’eux dans l’humain.
Le Périgord pour cette raison reste une de mes régions préférées en France. Les Eyzies et son musée préhistorique. L’émotion qui m’a saisie quand j’ai vu enfin la taille réelle de la Vénus de Brassempouy, toute petite ! La grotte de Font de Gaume et ses bisons…
J’avais 14 ans et cette année là fut celle des visites préhistoriques et c’était tout bonnement génial, j’ai adoré ! Je me revois expliquant à mon grand-père paternel ma visite à Lascaux, tous deux assis côte à côte dans son jardin, mon livre illustré sur les genoux, je lui montrais les petits chevaux ventrus, les cerfs dans l’eau bouillonnante, les vaches renversées en essayant de lui communiquer un peu de la magie que j’avais eu ce jour là.
Ce n’est que bien des années plus tard, en visite chez mon amie Lucie qui habite dans la région toulousaine, que j’ai pu visiter la grotte de Niaux… encore ouverte au public, profitez-en elle vaut le détour ! Le noir total et d’un coup, la lumière sur un rocher grouillant de vie animale depuis des millénaires.
1988, année du bac. J’ai réussi et je peux établir une partie des visites que nous allons faire, la caravane derrière !
Des voyages… en Bretagne, en camping cette fois. Huelgoat protège le tombeau de Merlin dans l’antique Brocéliande ; Fougères et son site en bord de forêt, la nuit claire constellée d’étoiles écrasantes dans ce ciel dégagé !
Le Mont Saint-Michel grouillant de touristes - étouffant et sans être agoraphobe, mais c’est beau même si j’ai été un peu déçue, je m’attendais à plus spectaculaire !
Carnac et ses alignements, du temps où il était encore possible de les traverser à pied. J’imaginais les gens traînant ces lourdes pierres, se retrouvant là pour des raisons qui nous échappent encore.
Les pierres réutilisées par la suite dans les églises, des fondations de maisons. C’est si récent le souci de conserver les traces du passé ! Des pierres gravées dans des lieux dont j’ai oublié le nom. Le crapahutage dans les fougères, le guide vert à la main, pour retracer des fragments néolithiques planqués sous la végétation. Des vues de la côte, loin des plages à touristes, juste à sentir le vent et admirer le paysage.
Les trajets, beaucoup de voyage en voiture. Nous avions traversé ensuite pour aller voir Colmar et le retable d’Issenheim tout proche, Strasbourg, Turckheim en Alsace où les charcutiers coupent les côtes plus larges qu’à Lyon ! Nancy et sa place Stanislas, le musée d’Art Nouveau et les verres de Gallé, les meubles de Majorelle… Pour terminer par Besançon, puis la Chaux de Fonds en Suisse et son musée de l’horlogerie afin que mon frère puisse assouvir sa passion pour les montres mécaniques (dont il a fini par faire son métier, j’ai découvert que certaines coûtent aussi cher que des grosses voitures !).
Tout ça en trois semaines ! Oui ça donne le tournis ! Ensuite la récession économique nous a rattrapés et nous ne sommes plus partis en vacances en famille, sinon pour de petites destinations aux alentours de Lyon.
Bien des photos pour illustrer ces lieux se trouvent sur ce site.
Il y avait aussi la famille en région bordelaise, à Lugon, lieu de naissance de mon père. Tout proche de St-Émilion, et de Libourne, où nous allions faire le marché le matin, des poissons et des coquillages, des sardines crues écorchées et conservées dans le gros sel que j’avais du mal à manger, le jambon cru, les aloses et les lamproies… tant de saveurs ! Des aliments et des cuisines différentes de chez moi, des gens de différents milieux, avec des accents qui ne sonnaient pas pareil… tout cela m’a ouverte à la diversité et à la recherche de l’unité sous les apparences. Tout ce qui fait l’humain en somme.
Les visites historiques pour prendre conscience des méfaits de la guerre : l’ossuaire de Douaumont qui commémore les horreurs de 1914-18, le village martyr d’Oradour sur Glane laissé en état après le passage des Allemands lors de 1939-45 : maisons brûlées, église incendiée dont la cloche a fondu sous l’action de la chaleur. Je me souviens d’un fer à repasser en métal laissé sur le rebord d’une fenêtre, qui témoignait de la brusquerie de l’attaque.
D’autres souvenirs, sans dates précises : Aigues-Mortes, la Camargue, Beaune et ses hospices, Bourges, Foix. Paris bien sûr, en août pendant une semaine mais nous avons reculé devant la queue qui faisait toute la cour carrée du Louvre, Poitiers la première année du futuroscope
… et j’en oublie certainement !
Que de souvenirs et de beautés engrangées ! Quelle chance j’ai eue de pouvoir visiter ce beau pays de France. Que de plaisir j’ai eu à rencontrer ces amis de mes parents, à voir des jeunes compagnons de diverses régions nous engager à venir les voir, et chaque année la fête patronale nous emmenait dans un lieu différent : Anglet, Toulouse, Tours (où j’ai découvert que la soie n’était pas fabriquée qu’à Lyon !), Avignon, Bordeaux, Nantes (et la bataille pour savoir si le Mont St Michel est breton ou normand !)… à cette occasion, nous avons vu La Rochelle, Rochefort sur Mer… et la femme de Stéphane, compagnon menuisier, m’a prêté le seigneur des anneaux pour que je me distraie… je l’ai croqué en à peine trois jours et elle n’avait pas la suite ! J’ai tout acheté en rentrant à Lyon et lu la trilogie dans la foulée… c’était le début d’une grande passion pour la fantasy alors que je lisais déjà de la SF.
Plus proche de Lyon, Grenoble où je suis retournée l’été dernier avec émotion, car j’ai revu des gens que je reconnaissais mais qui me disaient que j’avais grandi
Mais aussi pour ce moment magique où mes parents furent honorés pour leur implication dans le compagnonnage, mon père en donnant de la formation et de l’encadrement depuis des années, ma mère indirectement, car elle coud les écharpes et couleurs diverses qui symbolisent les différents degrés de maîtrise du compagnon.
Quant à la région lyonnaise, c’est vaste ! Lyon et ces musées, sites archéologiques, parcs… je ferai probablement un billet rien que pour elle et ses environs